Un week end du mois d'août en Normandie avec pour seule indication de J. "Descends à Pont L'Evêque avec un petit sac pour deux jours". Le mystère demeure complet, le désir d'en savoir plus quasi intenable...
Pont l'Evêque se pare d'une douce pénombre de fin de soirée lorsque j'y arrive. Nous roulons un peu à travers les bocages, les champs et les forêts normandes d'un vert tendre par une petite route de campagne au bord de laquelle se dressent de fières et massives demeures pleines de chaleur. Et puis la voiture bifurque pour s'engager dans un petit sentier couronné d'une arche en métal indiquant que nous nous trouvons dans le "Jardin de la Licorne". Nom enchanteur, plein de rêve d'enfance et de lumière.
Je me trouve alors dans un chaos de verdure, de hautes herbes, de buissons, d'arbres parmi lesquels un chemin a été dessiné à la tondeuse pour se faufiler un peu plus au coeur de cette nature accueillante. Et je réalise alors que nous sommes entourés de vieilles roulottes, de caravanes alu et de bus londoniens devenus des chambres d'hôtes.
J. me voit sourir, m'entraine à travers ce jardin immense pour nous conduire sur un espace dégagé sur lequel repose fièrement une petite roulotte de cirque en bois rouge et blanche. "Voilà, c'est chez nous pour deux jours". Sur une petite table de mosaïque blanche et bleue, une bouteille de vin et de la charcuterie espagnole attendent de nous régaler. Nous dînons au son des grillons cachés dans ce fratras de vert aux senteurs de paille et de fin d'été. Plus loin, les moustiques envahissent dans la surface d'un petit plan d'eau gardé par deux statues de divinités indiennes. Il souffle un vent léger qui converse avec les plantes grasses qui débordent des pots à nos pieds, avant de venir se poser sur ce vieux banc de bois malmané par le temps qui passe.
L'intérieur retentit des crissements du plancher. Deux fauteuils d'un rouge profond invitent à la farniente, à la douceur des bougies tremblantes reflétant l'ombre du poêle à bois. Une horloge sans aiguille trône dans la chambre cachée au fond de la roulotte, indiquant bien que le temps passe ou ne passe pas ici, selon sa guise. Je choisis qu'il n'ait alors aucune prise sur moi...
Le lendemain nous partirons à la découverte du jardin de La Licorne pour y découvrir un univers étrange où des statues de sirènes se baignent dans un désordre d'objets, de ferrailles et d'herbes folles. C'est aussi l'occasion de visiter les habitats des voisins. Mais l'appel d'ailleurs qu'inspire la roulotte est bientôt le plus fort, il faut profiter de ce voyage immobile offert par les détails des carreaux, des petites statues de bois, des tableaux et de la chaleur qui y règne... Le thé au jasmin s'y savoure avec paresse et langueur, en attendant d'avoir un jardin avec un secret à roulettes bien gardé...
Pour un peu de magie et de voyage d'antan, c'est là.